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Tiré du mag | Interview de J-P Torgue de Katusha Sports

Lorsqu’Igor Makaroff, un magnat du cyclisme russe a contacté Mathieu Danel et Jean-Philippe Torgue pour leur proposer de lancer pour lui une marque de wear cycliste pour son équipe professionnelle Katusha, les deux français n’étaient pas sûrs de répondre. Oui il y a un beau projet à faire, mais tout de même, les questions qui se posent sur cette équipe imposent la prudence. Après tout, l’homme reste un oligarque proche du pouvoir russe et il a fait fortune dans le gaz alors forcément, on se demande… Et puis ils se sont lancés, à condition d’avoir le plein contrôle sur tout ce qui toucherait à la future marque, Katusha Sports. Jean-Philippe Torgue nous raconte les débuts de cette marque très jeune (elle ne compte pour le moment qu’une gamme performance homme, d’autres suivront en septembre), et comment elle bouscule les codes de l’industrie de l’équipement cycliste.

 

Comment est née l’équipe Katusha ?

« C’est une équipe qui a été créée il y a huit ans sur l’initiative d’un projet qui s’appelle Global Russian Project. C’était en fait une idée de l’État Russe, qui a demandé à Igor Makaroff de mettre sur pied une équipe. Igor Makaroff est le propriétaire de l’équipe, et il est très investi en cyclisme. Il préside la Fédération Russe de Cyclisme, c’est un ancien cycliste professionnel, avec beaucoup d’influence auprès de l’UCI. Il y a 8 ans l’état russe lui a demandé de créer une équipe, à dominante Russe à l’époque ».

Était-ce financé par l’état Russe ?

« Non, pas vraiment parce que Igor Makaroff est un milliardaire russe qui a fait sa fortune dans le gaz et qui comptait déjà sur une fortune personnelle avec un investissement dans le cyclisme, donc on lui a demandé de financer complètement ce projet. Il l’a fait par passion du cyclisme, et depuis huit ans il a investi dans une équipe cycliste professionnelle plus ou moins à perte parce que pour qu’une équipe professionnelle fonctionne il faut à peu près 20 millions d’euros de budget par an. L’équipe Katusha est devenue en huit ans la deuxième formation cycliste professionnelle au monde. Il a mis vraiment beaucoup d’argent de sa fortune personnelle, et ce projet a commencé à évoluer l’année dernière et cette année pour effectuer un changement d’identité radical. »

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Comment a évolué l’équipe depuis ?

« Au lieu d’être un projet cycliste russe, l’idée maintenant est d’avoir une équipe internationale, et avec l’apport de stars du cyclisme international comme le norvégien Alexander Kristoff ou l’espagnol Joaquim Rodríguez. Du coup petit à petit, une équipe russe est devenu une équipe internationale et le projet de cette année devient encore plus global. »

Donc à terme le but est de devenir une équipe complètement internationale ?

« Exactement. Le problème d’une équipe russe c’est que quand on entend Russe, cyclisme professionnel et oligarque, on se dit tout de suite « oula c’est quoi cette histoire? ». Tout de suite on se fait des références à des fonds d’argent opaques, au dopage etc.. Du coup cette équipe n’avait pas un fort capital sympathie parce qu’il y avait beaucoup de questions qui tournaient autour. L’idée de développer cette équipe internationale, avant même de lancer notre marque Katusha Sport, c’était que cette équipe soit accessible, sympa, transparente à tous les niveaux, et qu’elle donne une vision différente de ce que les gens peuvent imaginer de ce que peut être quelque chose en Russie qui est toujours un peu nébuleux.
L’autre chose c’est qu’on a affaire à un businessman particulièrement averti mais aussi particulièrement discret. C’est un type qu’on ne trouvera pas dans les médias comme d’autres oligarques russes, mais qui se dit ça fait huit ans que je mets 20 millions par an sans retours financiers. Il s’est rendu compte que la seule équipe de la fédération internationale qui n’a pas de sponsor extérieur c’est Katusha. »

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D’ou vient le nom Katusha ?

« Le nom Katusha est intéressant, parce que en fait c’est le diminutif de Catherine en russe, d’une manière affectueuse. C’est juste une connexion émotionnelle, c’est le prénom de la fille de Makaroff. Dans le cyclisme professionnel il y a des équipes qui s’appellent EuropCar ou Sky, et Katusha est la seule équipe sans sponsor, d’ou le nom sans référence à un groupe. À partir de là il [Igor Makaroff] s’est demandé s’il était possible de faire une marque à partir d’une équipe qui a des résultats, du vécu et un nom. Donc Katusha Sports. Quand on l’a rencontré en mai 2015 c’est ce qu’il nous a demandé : si on pouvait faire de ce nom une marque. Nous [avec Mathieu] on a répondu oui, mais a plusieurs conditions. Faire une marque à partir d’une équipe c’est assez logique, mais pour ça il est hors de question de créer une marque moyenne, il faut que ce soit une marque premium. On ne peut faire aucun compromis sur la qualité de la marque et sur la représentativité premium de la marque. Si c’est pour être une marque moyenne qu’on trouve dans tt les magasins ça n’a aucun intérêt. Le projet est tout simple : on a une équipe professionnelle qui dépense beaucoup d’argent et on est la seule qui peut faire quelque chose en terme de business. »

Par où, avez-vous commencé pour créer la marque à partir de l’équipe ?

« C’était une équipe russe, un management russe, un concept russe. La première chose qu’on a fait c’est retravailler l’identité de l’équipe. On a complètement recréé le design de l’équipement, qui ressemblait à rien. On a un grand K qui est notre logo, on a changé de code coloris. Igor Makaroff n’apporte pas d’idées, il intervient pas du tout sur les collections et même sur la stratégie d’entreprise. Il est juste là pour nous donner de l’argent et faire que ça marche. »

La suite de l’interview est à découvrir dans le numéro 14 de Steel Magazine.