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Equipements cyclistes – Cool wear

Cool wear, au sens propre

Par Sophie Bramel

Comment garder la tête froide et le corps à sa température idéale pour ne pas perdre ses moyens. C’est une des obsessions des coureurs sur route, que l’on voit s’asperger d’eau à l’approche des cols ou avant un sprint final. En ville aussi, pas question de montrer les traces d’un effort physique avant un rendez-vous. Le choix des vêtements est essentiel dans la quête de bien-être, même dans l’effort, et de nouvelles matières y contribuent en jouant la carte « cool effect ». 

Effort intense, vent, vitesse, c’est un mix explosif que les cyclistes affrontent tous les jours, et particulièrement par beau temps. C’est aussi ce qui explique les technologies textiles de pointe embarquées dans les vêtements de compétition et dont les cyclistes urbains profitent aussi dans de nouvelles collections qui marient performance et lifestyle.

Pour rester au frais, les textiles innovants cherchent tout simplement à coller au plus près des besoins physiologiques du corps, et celui-ci a deux stratégies de base pour maintenir une température idéale : respirer, et oui, et transpirer, aussi. Malgré les désagréments de la sueur, elle joue un rôle fondamental et c’est donc sur la gestion de l’humidité que les matières high-tech se focalisent. Précisons d’emblée qu’il s’agit bien de gérer l’humidité et non pas de la bloquer. Les matières dites « anti transpiration » sont tout simplement une hérésie. Dans les détails, l’évaporation de la sueur « consomme » de l’énergie ce qui a pour effet de baisser la température du corps. C’est sur ce point que les nouveaux textiles adoptent des approches de plus en plus sophistiquées. Les premières matières dites « climatiques » ont d’abord cherché à évacuer l’humidité loin de la peau afin de maintenir le corps au sec. Mais si cette fonction est utile, elle est devenue plus subtile. Si toute l’humidité est évacuée, le corps continuera à transpirer, et la déshydratation guette le sportif. Le mot d’ordre des textiles intelligents est donc d’op-ti-mi-ser le transfert de l’humidité pour qu’elle remplisse sa fonction sans stresser l’organisme. A l’image de ce processus pointu, les matières adoptent plusieurs méthodes pour réussir cette mission délicate.

Creuser un canal

Premier tissu technique à afficher clairement sa fonction cool, le Coolmax, développé par Invista au milieu des années 80. Cette fibre polyester a une forme modifiée conçue pour accélérer l’évacuation de la transpiration qui transite par des canaux creusés le long du fil. Au départ garni de 4 canaux, le concept compte maintenant 6 rigoles pour booster la vitesse de transfert. Les marques Endura, Scott et Nalini entre autres l’ont notamment adopté. Craft a choisi une fibre à 6 canaux pour son Cool Mesh, une maille aérée qui laisse le corps respirer. Résultat, selon Benoit Nelles, responsable de la marque en France, une baisse de 3°C sur la peau. La marque suédoise propose un tissu avec une fibre à 8 canaux, le Cool Cooling, encore plus efficace, mais qui, toujours selon Benoit Nelles, serait trop efficace : « Il faut l’enlever tout de suite après l’effort pour éviter le coup de froid ».

Invista a ensuite cherché à offrir le bon dosage de fraîcheur et de chaleur avec ThermoCool, un tissu à double action car composée de deux types de fibres, l’une à canaux, l’autre creuse. Lorsque le corps transpire, la fibre à canaux fait son effet et accélère le processus d’évaporation, tandis que par temps frais ou après l’effort la fibre de polyester creuse emmagasine de l’air, qui sera chauffé par le corps. Les deux réunies permettraient ainsi de maintenir le corps dans une zone de confort idéale. L’option ThermoCool a séduit des marques comme Altura en Grande Bretagne et Nalini/Moa, en Italie.

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Le Coldblack est un autre grand classique de l’effet fraîcheur. Ce finissage spécial permet aux tissus foncés de réfléchir le rayonnement solaire pour garder le corps au frais comme un tissu de teinte claire. Ce procédé développé par Schoeller, société suisse spécialisée dans les textiles techniques, a fait entrer la couleur noire dans le cyclisme de route, domaine où elle a longtemps été exclue. Les marques abonnées à ce concept qui offre également une protection contre les UV sont légion, de Louis Garneau à Specialized en passant par Pearl Izumi. Rapha est également fan, le Coldblack étant présent dans toute la ligne Pro Team.

Microclimat de pointe

Offrir le bon mix de chaleur et de fraîcheur est le but affiché d’une nouvelle matière appelée 37.5, dit « thirty seven five ». Ce chiffre est censé évoquer à la fois la température idéale du corps (37,5°C) et le taux d’humidité idoine (37,5%). Enrichie de charbon activé, les fibres absorbent l’humidité, qui grâce à la chaleur du corps, est relâchée sous forme de vapeur – nous dit-on – pour, encore une fois, optimiser le processus d’évaporation. Mavic a choisi cette merveille technologique pour sa ligne Helium.

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Spécialiste des effets physiologiques de pointe, X-Bionic a mis au point un concept qui va encore plus loin dans la gestion fine du microclimat. Avec Trick (= ruse, voire piège, en anglais), X-Bionic propose de « tromper » le corps pour déclencher le processus de transpiration le plus tôt possible. Le principe repose sur un tricotage spécial placé le long de la colonne vertébrale qui « surchauffe » cette partie du corps. « C’est là que sont situés des capteurs de chaleur qui envoient un signal au cerveau », explique Linda Niessing, responsable R&D chez X-Bionic. Le but est de générer de la sueur plus tôt afin d’éviter la surchauffe, ce qui permet au corps d’économiser de l’énergie, plus utile à l’effort. Comme tous les produits ultra high-tech de la marque suisse, Trick est assorti d’innombrables astuces, de zones aérées, de structures 3D et de fibres spéciales, permettant de gérer les échanges thermiques et l’humidité pour le plus grand confort du cycliste.

La Fresh Touch

 La recherche de l’effet fraîcheur prend d’autres voies étonnantes avec l’Omni-freeze Zero de Columbia Sportswear et le Climachill, récemment lancé par Adidas. Columbia a peaufiné un concept lancé en 2012 basé sur un polymère spécial, dont la composition est tenue secrète, et qui se présente sous la forme de cercles bleus imprimés sur l’envers du tissu. Ceux-ci absorbent la transpiration et gonflent avec pour effet de baisser la température du tissu et de procurer une sensation de fraîcheur instantanée. « Les anneaux absorbent l’humidité, le tissu reste donc plus sec et le processus d’évacuation de l’humidité qui rafraîchit le corps dure plus longtemps », explique Woody Blackford, chef du team R&D de Columbia.

Cette histoire d’anneaux a peut-être inspiré Adidas dont le concept Climachill intègre des pastilles en aluminium et une fibre enrichie de titane. L’effet fraîcheur est le résultat à la fois de la conduction, due au toucher froid du métal, et de l’évaporation de l’humidité. La marque aux trois bandes place les anneaux en alu aux zones du corps qui chauffent le plus pour créer une sensation de fraîcheur au contact. Quant au tissu, la présence de titane permettrait d’améliorer l’effet rafraîchissant de 36% par rapport à la première version du concept appelée ClimaCool. La ligne est en magasin depuis avril, avec David Beckham comme ambassadeur de choc.

Body mapping forever

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Les cyclistes connaissent bien la notion de cartographie du corps (= body mapping en vf) car c’est un principe largement appliqué dans leurs vêtements. Cette construction en patchwork est présente notamment chez Le Coq Sportif, qui place un tissu en polyester régulant la température du corps sur le torse et le corps de ses maillots et alterne des panneaux en mesh ultra perméable à l’air au dos pour favoriser l’évacuation de l’humidité. La marque ajoute une touche héritage ce printemps avec des cols inspirés des premiers maillots jaunes de 1951, comme quoi performance et héritage rétro ne sont pas incompatibles.

Gore Bikewear a récemment décroché un prix avec le Oxygen Cool Outfit System aux iF awards. La marque est partie du postulat qu’après une ascension ardue, les cyclistes devraient enfiler un coupe-vent avant de s’engager dans la descente. Un scénario que Gore voudrait rendre caduque grâce à une construction body-mapping améliorée. Le maillot Oxygen comporte des panneaux en Windstopper aux épaules, buste et reins, tandis que la zone du cou et du haut du dos est recouverte de matières aérées.

La toute nouvelle gamme de vêtements de cyclisme de Poc, marque suédoise de casques ultra techniques et design, joue également la carte du patchwork de pointe avec un tissu bistretch sur le corps, du mesh sous les bras, et un minimum de coutures puisque les panneaux sont soudés, évitant une source de friction et de surépaisseurs de tissus. Le concept se nomme AVIP, pour Attention, Visibilité, Interaction et Protection et s’applique déjà à des casques et vêtements. La marque compte ensuite étendre le principe à de l’électronique.

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Pour le styliste de Rapha, Graeme Raeburn, le choix du bon équipement dépend de plusieurs facteurs. « J’ai une préférence, nous dit-il, pour le système trois couches : une base layer en mesh mérinos, des manchons et une veste protectrice – la Pro Team Race Cape – qui se replie dans la poche quand on n’en a pas besoin. C’est un bon mix qui s’adapte à toutes conditions météo. »

L’option mérinos

Les puristes de l’endurance sont en général peu enclins à porter de la laine, mais la fibre naturelle compte cependant ses adeptes. Les performances en matière de confort au porter de la laine mérinos, la plus fine, sont réelles puisqu’elle est une des rares fibres à préserver à la fois du froid et du chaud. Les marques les plus techniques, comme Patagonia, ont tendance à mixer laine et polyester pour obtenir un tissu qui sèche plus rapidement. La marque américaine s’approvisionne, ô surprise, en Patagonie, où l’élevage des moutons est géré par Ovis XXI, une coopérative locale cherchant à préserver les pâturages. Le polyester Capilene est recyclé, dans la droite lignée de l’engagement écologique de la marque fondée par Yvon Chouinard.

Les fibres naturelles sont également plébiscitées par PEdAL ED, ligne dessinée par le créateur japonais Hideto Suzuki au sein de la galaxie Brooks. Lin, chanvre et tissus recyclés sont au programme, et la laine associée au polyester, notamment dans le maillot Kaido. Pour un usage plus poussé, PEdAL ED passe au synthétique, comme dans le Wiki Baselayer, un mélange de polyamide et de polypropylène Dryarn avec des panneaux en mesh aéré sous les bras et un finissage antibactérien pour lutter contre les mauvaises odeurs. En revanche, la coupe reste loose, comme un T-shirt normal, pour ne pas détonner en ville.

Les cyclistes urbains disposent petit à petit de nouvelles options hautes performances, cachées sous des aspects citadins ou casual. C’est l’ambition notamment d’Oakley avec sa nouvelle ligne Icon lancée au printemps 2014 et dans laquelle la marque injecte son savoir-faire technique. Chaque pièce a été « conçue pour le mouvement, la protection et la fonctionnalité », précise James Harrison, responsable des collections textiles chez Oakley. Au final, cela se traduit par des pantalons avec des coupes 3D ergonomiques aux genoux, des zips réfléchissants et les indispensables ventilations sous les bras. Pour ses polos, la marque américaine applique un traitement O-Hydrolix accélérant l’évacuation de la transpiration et offrant un séchage rapide. Si chaque sport a son uniforme, avance la marque, Icon sera l’uniforme de la vie quotidienne.

De la course au podium à la course pour ne pas rater un rendez-vous, la boucle et bouclée. L’option cool wear se développe avec la promesse de rester net et frais du matin au soir.

Par Sophie Bramel