Le retour du vélo de route

Le retour du vélo de route ?

Il y a 10 ans, le cyclisme sur route était l’apanage des organisateurs d’événements sportifs de grandes ampleurs, à cette époque on parlait beaucoup d’Armstrong et de Yann Ullrich, beaucoup moins de besoin d’évasion et de café vélo.

En 2008, une petite communauté constituée de skaters et de grapheurs inspirés par les riders de Macaframa et de Mash, importent le pignon fixe dans nos villes françaises. Quatre ans plus tard, porté par une certaine tendance au minimalisme et à l’épure, le pignon fixe devient un phénomène de mode qui séduit une population urbaine, avide de nouveautés, de différenciation et de sensations. Se développent dans la foulée les clubs de pignon fixe, les forums du même nom, et les rides du mercredi.

Mais depuis quelque temps, on parle un peu moins de pignon fixe, il semblerait que le bon vieux vélo de route avec freins et groupe Shimano ait repris les devants de la scène.  Assiste-t-on au retour du vélo de route ?

Combien de fois avez-vous entendu l’un de vos amis vous raconter qu’il se mettait au vélo de route pour faire des bornes le week-end, se confronter aux cols mythiques, ou encore traverser la France avec des sacoches ultra-light ? Combien de coursiers roulent encore en pure fixie brakeless ? Cela vaut-il encore la peine quand les vélos montés avec un groupe sont de plus en plus fiables, polyvalents et moins dangereux ?
Une pratique d’autant plus contagieuse que les initiatives ne manquent pas : un Tour de France amateur par ici, une saison de classiques par , le bon vieux cyclisme sur route séduit autant les jeunes actifs que les cadres à la recherche d’un nouveau souffle.

Les marques de niche ont-elles remis cette pratique au goût du jour ?

2001, un entrepreneur anglais cherche des investisseurs pour lancer une ligne de vêtements pour cyclistes. Son business plan est simple mais ambitieux : construire la première marque autour de l’univers du cyclisme, avec un exemple en tête : le surf et la réussite de Quiksilver, Ripcurl et consorts.

Au début des années 2000, on ne parle pas encore de vélo urbain, de mode de vie et de dépassement de soi. Autant dire que le projet de Simon Mottram, le fondateur de Rapha peine à décoller. Il lui faudra attendre 2011 pour sentir le vent tourner, lorsque le vélo devient un phénomène sociétal, porté par des enjeux politiques, économiques et individuels. Aujourd’hui, Rapha réalise un chiffre d’affaires de 38 millions d’euros par an, et ses recettes ont augmenté de 56% entre 2013 et 2014. La marque londonienne prévoit d’ouvrir cinq clubs par an, dans des capitales aussi diverses que Shangai, Paris, Hong Kong, Jakarta, Tokyo, Melbourne, ou Denver.* Des chiffres qui confirment le succès de la marque à mi-chemin entre la mode et le cyclisme, mais surtout l’engouement autour de la pratique du cyclisme.

Rapha n’est qu’un exemple parmi d’autres. On ne saurait dénombrer le nombre de marques créées par des passionnés qui revendiquent la même approche du cyclisme : Vulpine, Le café du cycliste, Attaquer, MAAP, VOID, Machines for Freedom, TSH, la liste est longue. Un engouement qui touche aussi bien les hommes que les femmes, à l’image des 8000 participantes accueillies chaque année au Rapha Women 100.

Le retour du vélo de route 1

Ce dépoussiérage de la pratique du vélo de route, est d’autant plus probante que les puristes du fixie à l’instar de Dosnoventa, se mettent à développer des vélos de route, un virage que prend également Cadence avec une ligne de vêtements pour les sorties au long cours. Il suffit de regarder les short stories de First look ou du collectif Parlee, pour être convaincu que le vélo de route se modernise, et répond à ce besoin de plus en plus prégnant qui consiste à s’évader des centres urbains.

Une chose est sûre, le pignon fixe a servi de catalyseur, d’élément déclencheur, il a réintroduit le cyclisme auprès des jeunes générations, qui ont décidé de faire de ce sport à l’ADN compétitive, un puissant moyen d’émancipation.


*The Telegraph, Luxury cycling company Rapha is on fast track to success – 8 mars 2014

©1Johan Björklund

©2 Chris Lee