STROMER3

VAE Stromer – interview

Interview avec Thomas Binggeli, président du Conseil d’administration, Téléphone.


Entreprise suisse à succès aux racines bien implantées, Stromer a été fondée par Thomas Bingelli en 2009. La marque Stromer se distingue par sa capacité d’innovation, la technicité de ses produits, une qualité exceptionnelle, son héritage suisse et son positionnement haut de gamme. Stromer c’est l’histoire du succès d’une entreprise vraiment familiale aux racines bien implantées. Selon la légende locale à Bern, le fondateur de Stromer Thomas « Thömu » Binggeli a vendu le bétail de la ferme de ses parents alors qu’ils étaient partis en vacances. Avec ce capital, Thömu a fondé sa marque « Thömus » et ouvert une boutique de vélos. L’affaire a tellement bien pris qu’il a remporté le prix du Jeune entrepreneur de l’année en Suisse en 2006. Peu après, inspiré par les nouvelles technologies et des grandes marques telles que Tesla, Apple et Google, ce visionnaire a conçu un vélo électrique extrêmement innovant, le Stromer. En 2009, Thömu crée la marque Stromer et commercialise son premier vélo électrique. Deux ans plus tard, en 2011, le deuxième modèle Stromer, le ST1, fait son apparition. La même année, la marque est rachetée par le fabricant suisse de vélos haut de gamme, BMC. Vélo électrique extrêmement puissant permettant d’atteindre 45 km/h, le ST1 est une vedette des ventes dans toute l’Europe. Largement adopté en Suisse, la marque arrive aux États-Unis.

Le CEO de Stromer vient d’être remplacé, s’agit-il d’une nouvelle orientation, d’un changement stratégique ? Quelle en est la raison ?

Il ne s’agit pas du tout d’un changement de stratégie. Depuis que nous avons introduit en 2006 notre premier Stromer ST1 sur le marché, notre stratégie n’a jamais changé. Mais pour une start-up, il existe différentes phases. Après la phase pionnière que nous avons vécue, nous entrons maintenant dans une phase qui met l’accent sur la stabilité et les processus.

 STROMER4

Stromer a été reprise par BMC en 2011, en plus de l’apport financier, ce rachat a-t-il facilité les transferts de compétences entre les deux sociétés, en particulier dans le domaine de la conception de vélos ?

Des synergies ont existé, en particulier dans le domaine de la technologie carbone. Le développement de Stromer, en ce qui concerne la philosophie, le design et la technologie, est cependant toujours resté indépendant.

Stromer semble être bien implantée en Suisse. La Suisse est-elle le marché phare de la société ?

La Suisse est bien évidemment notre marché principal, c’est notre pays. Mais par rapport à la Suisse, des marchés comme l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique et les USA se démarquent nettement. Nous planifions cette année d’introduire le Stromer ST2 sur le marché des USA, qui a connu récemment un regain économique.

 

Considérez-vous que ce marché présente de solides débouchés étant donné que les américains ne semblent pas très intéressés par les moyens de transport alternatifs ?

Nous constatons une grande tendance aux USA. La mobilité électrique individuelle et durable est en plein essor, surtout dans les grandes villes et les agglomérations. Pour les trajets du quotidien, il n’existe, en termes de temps, aucun moyen de transport plus performant pour se rendre de A à B en ville. La tendance santé dans son ensemble est très importante aux USA. Le Stromer a également dans cette optique une longueur d’avance, car une conduite quotidienne contribue à la bonne santé du conducteur !

J’imagine que vous prévoyez de commercialiser vos vélos dans la Silicon Valley, où les cadres sont friands de transports écologiques, comme les voitures électriques Tesla ?

Nous avons des bureaux aux Etats-Unis depuis 2011, à San Diego, proche de la Silicon Valley. Tesla nous aide dans nos réflexions sur la mobilité électrique. Mais également beaucoup d’autres entreprises innovantes. D’une manière générale, la mobilité électrique est une grande tendance. Tous ceux qui s’occupent d’innovation et de technologie dans le domaine de la mobilité électrique nous aident dans nos réflexions.

Est-ce que vos vélos sont utilisés par des professionnels qui ont besoin de se déplacer rapidement ? En d’autres termes, quelle est votre clientèle et quelles sont ses habitudes ?

En principe, il y a trois groupes. Le premier groupe est constitué d’acheteurs urbains qui souhaitent se déplacer efficacement. Cette clientèle est dans l’ensemble assez jeune. Le deuxième groupe cible est constitué de personnes qui ont besoin d’un vélo pour leurs loisirs et au quotidien, qui entreprennent de temps en temps une randonnée à vélo et qui veulent rouler confortablement. Le troisième groupe est constitué de personnes un peu plus âgées qui souhaitent accompagner les plus jeunes pour un tour à vélo, pour cette clientèle une assistance est la bienvenue.

Et les femmes ? Le ST2 a également été conçu pour les femmes. Est-ce qu’elles utilisent le vélo de la même manière, avez-vous connu le même succès auprès de cette clientèle ?

Le segment féminin est en pleine croissance, plus que le segment masculin. Beaucoup de femmes ont besoin d’un Stromer pour leurs trajets quotidiens, souvent avec des enfants qu’elles transportent dans une remorque. Selon le mode d’assistance qu’elles sélectionnent, elles l’utilisent pour rester en forme ou pour se déplacer rapidement.

 STROMER1

Qu’est-ce que vous répondriez aux gens qui se moquent des vélos électriques et prétendent que ce ne sont pas de vrais vélos ?

Dans le domaine sportif, cette affirmation peut avoir sa raison d’être. Mais je crois qu’un grand nombre de personnes qui, il y a quelques années, roulaient seulement avec un vélo électrique, sont ensuite passées à un vélo sans assistance, c’est-à-dire un vélo sans partie électronique. En tout cas, beaucoup de cyclistes sportifs utilisent le vélo électrique au quotidien plutôt que de prendre les transports en commun ou la voiture. Les fans de vélo ont ainsi la possibilité d’arriver confortablement sur leur lieu de travail, sans renoncer à leur moyen de transport préféré.

Les vélos Stromer sont disponibles à Paris chez Freemos. Est-ce que vous obtenez des retours positifs de vos clients parisiens ?

Nous avons d’excellents retours de nos clients parisiens. La ville compte quelques mordus de Stromer. Nous sommes convaincus que ceux qui utilisent un Stromer adorent ces vélos, prennent plaisir à les conduire, et nous espérons que de plus en plus de personnes les utiliseront !

Les vélos Stromer sont fonctionnels et très performants tout en étant élégants et sophistiqués. Chez Steel, nous croyons que cet aspect sera encore plus important à l’avenir. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Nous pensons la même chose. C’est pourquoi nous avons notre propre équipe de développement et notre propre équipe de design. Les fonctionnalités et les sensations sur le vélo, c’est ce qui importe le plus avant tout autre chose. Le marché devient plus difficile, les clients sont de plus en plus exigeants. On ne peut réussir hors de la Suisse qu’à condition de proposer un produit unique, qui se démarque clairement de ses concurrents.

Les objets connectés sont à la base de l’économie de demain. Vos vélos peuvent être géolocalisés grâce à l’appli Omni : ils génèrent des données et peuvent être verrouillés à distance. Quelle est la portée, à votre avis, du développement de l’interface ?

En principe, la connectivité est très importante et aucune limite ne lui est imposée. Notre vélo électrique peut être verrouillé, il est possible d’effectuer des mises à jour de maintenance, le GPS permet de s’orienter et les calories brûlées par le conducteur peuvent être surveillées. Finalement, l’objectif de cette connectivité est de former une unité entre le conducteur, le vélo électrique et leur environnement.

Canyon s’est lancé sur le marché des vélos électriques avec le MRSC que l’entreprise a présenté au salon de l’Eurobike 2014. Est-ce que cela vous a donné des idées pour vos vélos BMC ?

De nombreuses créations nous inspirent tous les jours et nous prenons même en considération des idées d’autres secteurs avant de vérifier s’il est possible de les appliquer à nos produits.

Est-ce que cela vous donne envie de concevoir aussi des VTT électriques, ou préférez-vous laisser ce secteur aux Allemands ?

Au sein du groupe BMC, nous sommes à la tête de trois marques : BMC, marque sport haut de gamme, Bergamont, une marque au rapport prix/prestations indéniable, et Stromer, une marque de vélos électriques urbains. Nous n’avons pas prévu de développer de VTT, de VTT électriques ou de vélos de course électriques sous la marque Stromer. Nous voulons nous spécialiser dans le secteur haut de gamme et devenir la référence pour la mobilité urbaine.

 STROMER2

Un développement durable et la protection de l’environnement semblent faire partie de la conception de vos unités de production et de développement. Est-ce que vous encouragez aussi vos employés à utiliser encore plus le vélo ?

Oui, bien sûr ! En fin de compte, ce n’est pas le laboratoire de développement ou le bureau qui apportent les meilleures idées, mais le vélo électrique lui-même. Avec les clients, avec les amis, mais aussi entre employés, c’est dans ces conditions que les bonnes idées émergent. Transpirer ensemble permet de souder notre équipe. Faire du vélo ensemble est un aspect très important de notre quotidien.

 Vous dirigez deux sociétés de fabrication de vélos : l’une fabrique des vélos de route haut de gamme et l’autre fabrique des vélos électriques ultraperformants. Dans votre quotidien, qu’est-ce que vous utilisez le plus ? Un vélo de route ou un vélo électrique ?

C’est très facile pour moi de répondre à cette question. Je conduis plus souvent un vélo électrique, tous les jours. Je l’utilise pour aller aux meetings en ville. Mais pour mes loisirs et lors d’événements comme le raid VTT Cape Epic en Afrique du Sud ou la grande course Tortour en Suisse par exemple, je roule sur l’un de nos vélos haut de gamme. Le vélo est ma grande passion, également comme discipline sportive.

La Suisse est un beau pays, situé entre les Alpes et le Rhin, avec ses chalets pittoresques. Selon vous, quelle région de Suisse est la mieux adaptée pour pratiquer le vélo ?

Personnellement, je trouve que l’Oberland bernois est la plus belle région. On peut y accéder depuis Berne, que ce soit avec un VTT ou un vélo de course, on l’atteint en quelques heures.

Est-ce que les Suisses sont des experts dans le domaine des produits haut de gamme ?

Je crois que les Suisses sont des experts en ce qui concerne les produits haut de gamme. Les Suisses sont précis et fiables, nos collègues de l’industrie horlogère, de l’industrie pharmaceutique ou de la construction de machines nous le prouvent. Nous pensons haut de gamme et, avec nos universités, nous avons un énorme secteur, dense et innovant.

 Ces dernières années, les cyclistes anglo-saxons ont dominé le Tour de Romandie. Quand pourra-t-on revoir des cyclistes suisses comme Tony Rominger ou Ferdi Kubler sur le podium ?

Bientôt, très bientôt… La voie est ouverte pour qu’un Suisse puisse gagner. Je peux dire que BMC apporte un très grand soutien. Avec la construction du Vélodrome Suisse, Granges est devenue la capitale suisse du vélo. Au Vélodrome, on peut s’entraîner et la fédération suisse de cyclisme y a installé ses quartiers principaux. La fédération fait du bon travail et mes collaborateurs de l’équipe BMC Racing aident à encourager les jeunes talents afin qu’ils puissent atteindre la première marche du podium.