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Déjeuner sur l’asphalte avec Romain Grosjean

Déjeuner sur l’asphalte avec Romain Grosjean

En F1, ce qui drive les gens, ce sont les pilotes, puis les écuries et forcément, les Grands Prix. Bon ok, des pilotes y’en a plein, mais là ce n’est pas pareil, on est déjà dans une autre catégorie. C’est notre chouchou franco-suisse, celui qui enflamme les circuits, embrase l’écurie Lotus et fait vibrer les internautes avec ses chroniques de saison alias The Pretender (L’Equipe.fr x Total), le mercredi après chaque Grand prix. Rencontre avec le double champion du monde et constructeur Romain Grosjean.

Entre deux opé marketing et les disponibilités sur piste, Romain manque de temps pour rouler lors de ses déplacements Grand Prix. Et puis finalement le garçon est indépendant et ne se voit pas entourés de jeunes valets lui apportant son vélo en tout temps et toutes circonstances comme se l’accordent certains aux éblouissantes carrières de triathlètes. D’ailleurs parmi les grands de ce monde, Botton, Weber, Alonso, Bern et Bianchi roulent aussi, et même entre eux. Mais pas facile de trouver compagnon de ride pour le pilote qui s’est exilé en Angleterre loin de ses acolytes.

A ses débuts sur deux roues tout cela n’était qu’un prétexte, celui de peaufiner son muscle bien galbé. Puis chemin faisant, la progression était nette et sans appel, un véritable plaisir naissait. Gravir les cols, contempler les paysages de sa Suisse natale, mais avant tout rouler par beau temps et accélérer en descente, tels sont les petits plaisirs cyclistes du roi de la course auto quand il se délaisse de son costume de père de famille et que les températures sont encore clémentes.

 Le vélo prend une place importante dans l’entrainement du sportif certes, mais l’endurance, le tennis et le squash lui sont tout aussi nécessaires pour les reflets et la coordination. Question accoutumance, les positions sont variées et celle du cycliste se distingue largement de celle du coureur automobile. Légèrement au-dessus de l’assise, les pieds du pilote se sclérosent dans le cockpit, comme ils flotteraient dans un bain moussant. Toutefois la circulation se fait naturellement, à la bonne heure ! Un Grand Prix c’est environ deux heures de compétition. La durée d’un entrainement s’en rapproche – au-delà l’ennuie est assuré, mais c’est déjà au-delà de nos attentes !

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 Lors de son entrainement ce qu’il considère important de toujours surveiller, c’est le rythme cardiaque, qui varie solidement d’une impulsion à l’autre. Sur deux roues, ses jambes robustes lui garantissent une pulsation à 150, voire 170 atteignant un col ; mais même inertes en auto elles n’excuseront jamais l’adrénaline et la concentration d’un Grand Prix provocant des pics à 180.

Grosjean aime la vitesse en descente, c’est un besoin, une soif, un vice. Souvenirs du barrage d’Émosson en Suisse atteignant les 100km/h. Mais toute l’appréciation de l’intensité réside dans les freins. Recherche de trajectoire similaire et pourtant si différente sur le terrain. Formule 1 vs. Vélo, le virage ne s’appréhende pas de la même façon, la glisse non plus d’ailleurs. A vélo, tu montes, tu descends, puis tu remontes et enfin redescends. Tu revois, tu profites, tu revis les moments.

 Niveau confiance, les jantes jouent un rôle majeur. Certes l’aisance n’est pas aussi accessible que confiné dans un engin à quatre roues, mais l’habitude des disciplines type VTT et BMX lui donne des ailes. La prise de risque en général, là est la question, le vélo lui, il faut simplement l’apprivoiser. Un petit 40 km par ci, un autre par-là, Romain se dit ne pas être un gros rider mais il s’efforce de maintenir le rythme. Et puis parfois une petite fièvre lui prend et les quelques 180 km du lac Léman peuvent devenir son tour de piste. Tant de défis lancés à l’instar d’une cyclo à Chamonix entourée de guides ou d’un projet Paris-Deauville qui porterait sobrement le nom de « Romain Grosjean ». Plus généralement l’actualité cycliste ne lui est pas primordiale mais certains événements lui sont incontournables : le Tour de France, la Vuelta dont notamment les péripéties à la Quintana.

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 Côté F1, certaines écuries prévoient elles aussi l’entrainement de manière très poussée, mais pas toutes. Intégrer le vélo pour le pilote titulaire Lotus c’est une rencontre, un échange régulier avec son préparateur physique ; loin de lui l’idée de relever les Watts, de penser boulot. Le vélo est une partie de plaisir pendant laquelle les sensations, l’environnement, le soleil par beau temps comptent plus que jamais.

 Grosjean est un féru de vélos Time. Il possède un ZXRS et un RXRS aux couleurs de l’écurie Lotus. Bientôt il fera parade munit de son nouveau Skylon. Et pour rouler serein, l’athlète possède un compte Strava, mais attention… toujours en mode incognito, pas question de partager ses perfs ! Di2 en électronique et Shimano en mécanique, deux types de dérailleurs lui font son petit bonheur, des sensations variées de l’innovation à l’archaïsme

 On aime et on savoure cette rencontre fortuite avec notre compatriote et expatrié Romain Grosjean. Du temps passé à rêver circuit, à convoiter les pistes, à lorgner les cols. Passionnant, passionné et téméraire, nous espérons très vite recroiser le chemin de ce grand pilote et espoir français, ce sportif pluridisciplinaire qui nous transmet de l’énergie et nous communique la bienveillance.