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En avril 2007, une boutique de vélo de Minneapolis accueille une exposition de trente posters réalisés par des artistes locaux sur le thème de la bicyclette. L’exposition qui devait accueillir une cinquantaine de visiteurs en accueillera finalement cinq cents et marquera le début d’ARTCRANK. Né de l’envie de rendre l’art aussi accessible que le vélo, ce collectif a réussi en sept ans à organiser plus de cinquante expositions dans le monde entier de plus de mille trois cents posters exclusifs. Retour sur une affaire qui roule avec son fondateur, Charles Youel.

 

Avant de fonder ARTCRANK, Charles Youel n’avait jamais travaillé dans l’univers du cycle. Comme beaucoup, il est tombé amoureux de la petite reine en apprenant à rouler lorsqu’il avait 5 ans : « au-delà du vélo, je suis tombé amoureux de la sensation qu’on a en roulant. C’était comme si je volais. Lorsque j’ai grandi et que j’en ai appris davantage sur la façon dont les vélos fonctionnaient et le reste, je suis tombé amoureux autant de la forme que de la fonction. Le vélo est une machine belle et simple qui répond directement à tout ce que tu fais et te donne une nouvelle façon d’appréhender le monde. »
En 2006, alors rédacteur et directeur de la création dans une agence de pub à Minneapolis, Charles se rend compte que son emploi lui permet certes de payer ses factures, mais ne l’enthousiasme guère. Ce qui lui fait plaisir, ce sont les rides à vélos auxquels il participe avec ses amis designers et directeurs artistiques : « Lorsque nous étions dehors à rouler, nous faisions toujours ce que les gens font : nous plaindre de nos emplois. D’un coup j’ai percuté et je me suis dis que je connaissais des gens super talentueux qui aimaient les vélos, faire des posters et qui détestaient le boulot qu’ils faisaient. Moins de six mois plus tard, nous avons tenu le premier show ARTCRANK. C’était en 2007. »

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Ross Zietzt — Chicago

Dès 2009, et après plusieurs expositions dans la région, ARTCRANK décline ses shows dans d’autres villes – Denver, St Louis, Portland, San Francisco – avant de franchir la frontière des Etats-Unis en 2010, avec un show organisé à Londres chez Look Mum No Hands. Partout, le même accueil et le même engouement. Dans une ambiance conviviale avec musique, bières et passionnés de vélos, chaque show est une réussite qui met en lumière le talent d’artistes locaux. Quelques mois avant le début d’un show, l’équipe lance un appel à projet auprès d’artistes : « Nous leur demandons de nous soumettre des exemples de leurs travaux passés. Ces échantillons ne doivent pas forcément montrer des vélos ou même être des posters – nous voulons juste voir leur style et leur talent. Nous choisissons une liste finale et ensuite, ces artistes créent un ensemble de tirages en édition limitée pour l’expo. Notre objectif est de toujours avoir les travaux les plus divers possible. Nous voulons que toutes les personnes qui viennent à une exposition ARTCRANK puissent tomber amoureux d’un poster.» Autre spécificité de ces posters, ils sont tous faits mains, imprimés en letterpress (gaufrage, impression en creux, marquage à chaud…) ou en sérigraphie par les artistes eux-mêmes.
Et en effet, il y a en a pour tous les goûts, des plus minimalistes aux plus complexes et colorés, chaque artiste propose son interprétation du vélo. Deux roues, deux pédales, un cadre, un cycliste : le thème semble inépuisable : « Je pense que les personnes créatives ont toujours été attirées par les vélos. Rouler à vélo est un acte d’expression créative en soi, une forme d’art qui change chaque fois qu’une personne monte en selle. Je peux emprunter les mêmes rues tous les jours, mais c’est toujours une expérience différente, et un regard différent sur le monde. Je pense que c’est l’esthétique minimaliste des vélos qui séduit les artistes et les designers en particulier.»

 

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Rebecca J Kaye — Paris

Pour gérer ces expositions qui se sont exportées dans le monde entier et même à Paris en 2013, l’équipe se compose aujourd’hui de sept personnes – six aux États-Unis et une au Royaume-Uni : « Tout le monde a un autre travail à temps plein à côté ou est free-lance. ARTCRANK est ma principale activité, mais je continue à travailler dans la pub et le design. Il s’avère qu’organiser des évènements de posters de vélo n’est pas le moyen le plus rapide de devenir riche… » Au-delà de l’aspect financier, il est surtout question de passion et de partage. Pour chaque exposition, ARTCRANK s’associe à une association caritative et lui reverse les recettes de la vente de la bière, tout en faisant la promotion de leurs actions sur Internet et les réseaux sociaux : « ARTCRANK se situe à l’intersection du cyclisme et de la créativité. Nous pensons en effet que les vélos et l’art font du monde un endroit meilleur. Nous travaillons donc avec des organisations à but non-lucratif qui utilisent les vélos ou l’art pour créer un changement positif. » ARTCRANK a par exemple soutenu à plusieurs reprises l’association World Bicycle Relief qui distribue des vélos à des personnes dans des pays en voie de développement. Ou comment faire grandir la communauté cycliste grâce à l’art.

 

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Elliott Grub — New York

Après une année 2013 extrêmement riche – quinze expositions différentes dans trois pays différents – l’équipe d’ARTCRANK souhaite prendre du recul pour réfléchir à la façon dont va évoluer le projet. Un livre regroupant tous les posters est également en préparation : « Avec presque 50 shows, nous avons une collection de plus de 1300 posters que nous commençons tout juste à prendre en photo. Il y a beaucoup de posters que je n’avais pas revu depuis leurs expositions et ça a été extrêmement gratifiant de se rappeler tout le travail incroyable que les artistes ont créé pour nos expos ces dernières années. Le livre est un projet à long terme : c’est dur de passer beaucoup de temps dessus lorsque nous en passons déjà beaucoup à planifier, organiser et voyager pour les shows eux-mêmes. Mais peut-être qu’un jour, nous prendrons une année sabbatique et nous le finirons. »

En attendant, Charles rêve de pouvoir passer plus de temps sur son vélo « un challenge lorsqu’il fait -25°C dehors, mais c’est quelque chose que j’attends avec impatience… » Bonne route !

Texte : Géraldyne Masson

Publié dans Steel 07