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Londres, la ville qui ne dort jamais

Londres… LA ville qui semble ne jamais s’arrêter. Au fil des années, le vélo s’y est fait sa place. Ses places plutôt. Les uns rentrent du travail, vêtus de leur équipement high tech, d’autres se baladent en vélo pliable.

Et puis, il y a les coursiers. Aux heures de pointe, ils se font de bons shoots d’adrénaline en surfant entre les voitures comme le surfer sur sa vague. Cédric est parti attraper un gros poisson, Keith James, fin connaisseur de la capitale britannique, de ses communautés et de ses bonnes adresses. Il a mordu à l’hameçon et nous raconte son histoire avec ses propres mots.

En 2000, lorsque j’étais à l’Université de Kingston, j’ai eu la chance de partager un cours avec l’un des meilleurs coursiers de Londres, un vrai pro, M. Jon Knight (aka Wingnut) qui fut celui qui m’a fait rouler sur mon premier fixe. Je me souviens parfaitement de ma première fois, c’était le cheval de course de Jon, un KHS Flight 100, avec un frein avant et une cocotte qui remplaçait le levier du frein arrière. Un sacré tempérament ! J’ai sauté dessus… Pour m’éjecter illico ! “Tu roules avec ça dans cette ville, mais tu es une putain de ouf !”
Lorsque les cours à Kingston furent terminés, on a emménagé à Hackney, dans l’Est de Londres. J’avais adopté le fixe et j’adorais ça.
Je travaillais à Condor Cycles à cette époque. Pas mal des coursiers y venaient emprunter des outils ou lorsqu’ils avaient besoin d’une réparation urgente. J’ai fini par les rencontrer, sortir avec eux lors de soirées assez débridées. J’ai ainsi eu le plaisir de participer aux alleycats.

En 2003, j’étais un des rares à rouler en fixe sans être coursier, du coup, ils m’ont donné le surnom de “Ringer”.
Condor m’a permis de travailler avec Ted James, plus connu sous le nom de SuperTed, qui a toujours une anecdote marrante sur ses aventures post-travail, largement arrosées de bière. Ted possède un niveau de ride exceptionnel. À cette époque, même sur un vélo de piste low pro Chas Roberts, il s’adonnait à des tricks. C’était bien avant que le concept du fixie à tricks ait vu le jour. Ted est sans aucun doute la force motrice de la scène tricks de Londres, avec son “ESB” qui représente la référence par excellence pour beaucoup de tricksers londoniens.

Aujourd’hui, cette scène explose. Des crews sont nés dans différents coins de la ville, qui forment une grande famille. Les jeunes prennent un malin plaisir à pousser les limites de leur vélo. Ils participent régulièrement à des contests européens, comme le West Jam de Lisbonne, en mars dernier. Faisant partie de la team Mixtmeat, j’ai fait pas mal de road trips, et ils comptent sur moi pour faire en sorte que leur vélo roule, quoi qu’il arrive.

Parmi les meilleurs tricksers en fixe londoniens, il y a Gus Mallett et Jordan Smith qui font tous les deux partie de Mixtmeat. Ces deux-là sont incroyables à regarder rider, surtout pendant les contests. Ils sont vraiment drôles. Ils pourraient animer une série télé ! Il ne faut pas non plus oublier Oscar Kahn de Fixed Gear London qui s’est toujours joint à nous lors de nos déplacements. Il est vraiment inconscient, ce qui le rend si particulier… Et doué !

La scène polo est maintenant devenue importante. C’est l’une des communautés “vélo” la plus large de Londres, avec ses matchs de league joués religieusement chaque semaine. À l’origine, on jouait sur le terrain de Brick Lane, dans l’East End, le quartier branché de Londres. Aujourd’hui, les joueurs ont découvert d’autres lieux dans toute la ville. Londres est la première ville à avoir organisé un tournoi en Europe, le Shoreditch Invitational, en 2008, puis les Championnats d’Europe en 2009.

Rouler à Londres est un vrai régal. On peut y voir des choses très variées, sentir les cuisines du monde entier et communiquer de manière assez originale. Pour moi qui ai eu la chance de pouvoir rider dans plusieurs villes dans le monde, Londres est certainement la plus complexe. Des rues toujours bouchées, des conducteurs agressifs, et des piétons inconscients. Je m’y perds encore aujourd’hui et je déniche toujours des nouveaux endroits. Je ne crois pas qu’un jour, je connaîtrai cette ville entièrement…
Il nous arrive de rouler jusqu’au comté de l’Essex, à 35km, pour fuir la folie urbaine. Le retour se fait tranquillement sur des petites routes de campagne.

Grâce à sa diversité ethnique, Londres regorge de restaurants et d’endroits où se poser pour manger un morceau. Commençons par les cafés ! Les deux meilleurs sont Climpsons and Sons à Broadway Market dans l’Est de Londres. Un super endroit quand on veut mater des crétins à chapeaux, surtout en été, c’est toujours drôle. Pour déguster le meilleur café de la ville, allez à Monmouth Coffee Company près de Covent Garden… Sérieusement, ça réveille ! À ce propos, rien ne vaut le bon vieux petit-déj’ anglais. Celui de Dalston Lane Café est le meilleur. Pour faire un petit break dans une atmosphère tranquille, il existe pas mal d’endroits, mais le Cockpit Step, près de St James Park, vaut le coup. Quand l’été arrive, je vais, accompagné de mon crew, chez Humps, dans London Fields. On y reste jusqu’au bout de la nuit, au cœur de cette ville qui ne s’arrête jamais.

Propos recueillis et photos par Cédric Viollet