Trip au Nigeria

Steel était  invité a un incroyable voyage au Nigéria, où huit joueurs de Bike Polo partirent de Londres pour livrer vingt vélo 14 BikeCo à Abuja. Ces huit joueurs ont pratiqué le Polo vélo à titre démonstratif lors du tournoi de Polo « Patron Cup », au Polo club Fifth chukker. C’était une semaine inoubliable pour ces huit joueurs, qui revinrent avec la tête pleine d’images et des souvenirs. Parmi nous, notre rédacteur Steel « vidéo » Brendan McNamee est revenu avec ses images, dont voici un extrait.

Température ambiante : 30°c,  couleurs dominantes : orange et vert,  taux d’humidité : suffisamment élevé pour ne pas vous inquiéter… Me voilà les deux pieds ancrés dans le sol nigérien. Il me semble que lors de mon dernier séjour en Allemagne, John de 14 Bike co, m’avait déjà mis la puce à l’oreille en me parlant de ce projet incroyable du côté d’Abuja. Je me rappelle encore lui répondre “Mais pourquoi pas dans Fixed mag ?” La réponse fut simple “Car, là il est question de Freewheels.”

Pour la petit histoire. IMG Sport contacte John Marshall, organisateur du London Open, lui précisant leur souhait de vouloir montrer du Bike Polo lors d’une rencontre de Polo équestre au Nigeria. L’idée aussi, est de pouvoir commander des vélos. Alors « Jono » les redirige vers John Wainwright de14Bike Co, qui conclu une vente record de vingt vélos de la marque londonienne. Un équipement Traffic distribution, des selles Brooks et des pneus Continental, le tout emballé au shop fourteen, livré en 24h et assemblé par les joueurs eux-mêmes ! Un travail de pro.

Et nous y voilà.  Je fais partie des 8 joueurs sélectionnés : Bill, Brendan, Jono, Mark, Cameron, Ruper et moi-même. Le voyage aura duré 13 heures depuis Paris en passant par Londres. Dépaysement total, pas de jetlag, aucune raison de ronchonner. Ah si, peut être que certaines âmes sensibles se verraient accordées le droit de gémir à la vue de ces insectes mastodontes et de ces lézards à tête jaune. Ces derniers que l’on qualifierait de « hip hopeux », hochant la tête sur fond de gros beat… Et le folklore s’obstine dès lors que nous prenons la route. Oui, oui j’ai bien dit « route », mais n’allons pas trop vite en besognes, jamais je n’irai y ajouter le mot « code », il est inexistant, chacun impose sa propre conception de la maîtrise du volant. En revanche impossible de ne pas remarquer l’usage excessif du klaxon, ça raisonnerait presque comme une chanson.

Notre mission, et nous l’avons acceptée, livrer les fameux vélos et jouer en mode demo lors d’un tournoi de (real) polo (à dos de canasson). Remise en contexte éclair,  accueil des plus pittoresques dans cette monstrueuse ferme à quelques kilomètres de Kaduna, capitale administrative du pays. Surface de 300 hectares, deux gigantesques terrains de jeux. Autour les étables, les logements réservés aux petites mains et les bâtiments officiels ne se comptent plus.

Bon c’est bien beau, mais du polo au Nigeria… vous voudriez certainement une explication. Nous aussi nous en avons souhaité une et c’est d’ailleurs Nicholas Colquboun-Denvers, Président du HAM Polo Club[1], qui nous a rafraîchit la mémoire en nous rappelant le statut de colonie anglaise du Nigeria jusqu’en 1960. Un passe-temps « soldatesque » donc.

Portrait, j’y étais : Huit cavaliers, chevauchant des doubles poneys et gouvernant à une main. Qu’il est impressionnant de voir ces duos au grand galop, ces maillets de 130 cm tenus à la verticale, soulevant au passage d’imposantes mottes d’herbe sèche. Que la sonorité est unique : l’impact de sabots sur le sols mélangé aux acclamations de centaines de spectateurs et au crescendo des commentaires grésillant. Les attaques offensives s’enchainent et les détonations de balles fouettées par les maillets tintent.

Et nous dans l’histoire? Le bike polo alors ? Pas besoin d’aller plus loin que répéter le nom de l’événement pour lequel nous avons fait le déplacement pour se forger une réponse adéquate : « African patrons’cup ». Ne voyez vous pas là les liasses de billets qui s’échappent, les petits plats mis dans les grands, les grands hommes au grand pouvoir ? Et bien mine de rien, entre chaque match, nous nos beaux polos Chunk et nos petits bolides étions particulièrement attendus, un show tout frais pour ces millionnaires et leurs guests assoiffés d’éblouissement.  Puis, opération caritative à défendre sinon rien, le dernier jour un véritable match est organisé entre détente et formalité. Une chose à préciser, la version « polo vélo » est loin d’être facile à pratiquer… le passage surface dure/herbe labourée relève du défi.

Oui mais là ça se complique non ? Bike polo et polo vélo, où est la distinction? Deux disciplines, deux règlements, ainsi soit-il. En bref, le polo vélo vient directement du polo :

–      Cheval à coup de maillet tu ne frapperas

–      Ligne de balle tu ne traverseras

–      Joueur du côté droit tu n’attaqueras

–      Mais de ton vélo te jeter tu pourras !

En effet, contrairement au bike polo où les choses sont plus freestyles, le jeu est réservé uniquement aux droitiers et pas question de déroger à la règle … Bill et Marc ont d’ailleurs gentiment dû se plier aux nouvelles règles.

Au placard tubes de nylon et bâtons de ski. Bonjour amusants mini maillets bois/osier et belles balles de Hand Ball. Avouons le aussi, jouer au polo vélo c’est un peu comme une initiation au golf, attention les caboches ! Pour nous novices, le réflexe cordes vocales nous aura sauvé bien des fois : « My line, my line ! », criait l’un hagard, « Don’t f*** touch this ball » s’égosillait Brendan. A Paris, on appellerait ça « Polo plaisir »,  quel ironie.

Et si le Polo avait besoin du Bike polo? Le Polo n’est pas un sport accessible à tous, requérant des moyens très particuliers et réservés à une certaine classe sociale. Nul besoin de lui redorer le blason, Ralph Lauren s’en charge. Mais, et si le vélo lui confiait une nouvelle bienséance, une étiquette plus populaire, plus démocratique ? Si le Bike Polo et sa déclinaison urban street en étaient la clé ?

Texte : Marc Sich & Hélène Tournesac / Photographie : Marc Sich

 


[1] The London Polo club