Nu Undeground

Sur l’échelle des gros kiffs journalistiques, encore mieux que de se faire payer un voyage de presse à l’autre bout de la planète, il y a avoir un producteur; un mec qui croit en ton projet et se démerde pour le financer.
Tu deviens alors journaliste-réalisateur, et bang, direction les Etats-unis pour le repérage de ton docu. Le pitch ?  A partir de pratiques classiques comme le vélo, le roller, ou la mobylette, de cool kids inventent de nouvelles cultures hyper référencées et bien déconnantes : Freak bikes, Moped gangs, Roller Derby et JB Roller skating.
Chicago est la ville des inventions à la cool : Flipper, bombe de peinture aérosol, house music, et roller skate. Mes vans à peine posées sur le sol ricain, j’ai un maxi grand écart à faire. V’là pas le big gap entre le Roller derby, 100% féminin, très blanc, et totalement vénère, et le JB roller skating, 100% black, et furieusement funky. Le roller derby est un sport centenaire aux us, je vais pas vous faire sa story, mais vite fait quand même un peu.
Dans sa forme moderne, c’est le sport le plus fun et sexy que n’est jamais connu l’Amérique. Vitesse, agilité, agressivité, sans oublier la féminité, le Roller Derby est un sport de contact et de vitesse pas fait pour les gentilles filles.

En plein boom mais toujours underground, les filles sont à fond de DIY. Elles s’occupent de tout, de l’organisation de la ligue à l’entretien de leur piste, en passant par la découpe des citrons. Mon contact chez les « Windy City Roller », l’équipe de Chicago, c’est Kim, une grande belle brune dont le roller name est « Ruth Enasia » et la petite phrase qui va avec « long lean and mean ». Oh putain ! Telle fut ma réaction quand je l’ai vu à l’entraînement avec ses girls. C’est très rapide, relativement violent, super stylé, et totalement fun. Pour compléter mon kiff, ces demoiselles ont beaucoup d’humour dans le choix de leurs blases : La petite « Angel Dust » s’est choisi comme tagline « bad things come in small packages ».

J’enchaine le soir même avec une soirée JB Roller skating dans un rink du south-side; l’immense ghetto noir de chicago à la très mauvaise réputation. Il aura fallut une heure de highway, et une demie-heure de lutte téléphonique-sa-mère, pour rejoindre la 147ème rue sud où aucun cab driver ne voulait m’emmener.
Arriver dans un rink, c’est un peu comme une arrivée en club : Un énorme sound-system te prend direct. La big différence, c’est que tout le monde est en roller, et que je suis le seul blanc. La dame avec son gilet « police » me demande d’enlever ma casquette, parce qu’ici, selon la façon dont tu la portes, tu fais parti de tel ou tel gang. Les roller rinks ont une place centrale dans la black community de Chicago. J’ai connu ces espèces de MJC de quartier en 2006 alors que je faisais un report sur les kids de la Juke music. Les juke parties ayant lieux dans ces rinks, j’ai découvert le JB roller skating; une pure ghetto culture. Le JB est un style de danse en roller sur la musique de James Brown. Que se soit les originaux du godfather, les instrumentaux de la section cuivre des JB’s, ou des remixes des ghetto hits contemporains, les sisters and brothers dansent en patinant.

Le lendemain, j’ai un putain de choix à faire : Un match des Roller derby girls ou un ride à vélo avec la Rat patrol. Aie, ma conscience professionnelle m’impose les freak bikes; la scène que j’ai eu le plus de mal à approcher. Un peu à la façon des travelers européens, ces riders à dreads et à piercing n’aiment pas les journalistes; posture d’autant plus facile à comprendre au pays de fox news.
Alors déjà, pourquoi la « Rat patrol » tu me demanderas. Ben parce que ces gars kiffent de rider dans les alleys, les passages reliants les arrières cours d’immeubles, comme les rats. Ils fabriquent leurs vélos à partir de pièces trouvées dans les poubelles. Avec eux, pas de vision écolo de la bicyclette, de discours bien pensant sur un moyen de transport responsable. C’est l’underground du vélo, un univers peuplé de punks du guidon et de trashers de la pédale. Comme leurs grands frères à moteurs et à barbes, les membres de la Rat patrol portent le blaze de leur crew au dos de leurs blousons. J’ai rendez vous pour un ride de nuit avec une vingtaine de rat riders montés sur chopers, tricycle, ou tall bike; de très hauts vélos aux cadres soudés les uns sur les autres. Bad de calendrier, je viens de louper la Ratification. Trop dur, parce qu’au programme de ce genre de rassemblements, y a every kinda jackasserie à vélo. Le plus dingue, c’est le jousting, ou comment faire tomber en mode joute médiévale son adversaire de son tall bike. Ces bikers sans moteurs ont un gros appétit pour la destruction, et aussi pour la boisson. La six pack attack est l’épreuve la plus « stooopid », le rider doit boire un maximum de bières, en un minimum de temps, tout en étant capable de rider son bike.

Au-delà du côté potache de ce genre de réunion de freaks du deux roues, la scène vélo de Chicago est big et furieusement politique. J’étais en contact avec Steven Lane depuis quelques mois avant de le rencontrer à Chicago. Curator du « Bike winter art show », un rendez vous pour réchauffer la bike scene qui se les caille sévère pendant les hardcore hivers de Chicago, après m’avoir montré photos et peintures où le vélo est roi, il me parle du Bike porn. Oui madame, à Portland, un furieux du vélo se faisant appelé le révérend organise un festival de court métrages où le vélo devient sexuel. Pendant qu’on est à Portland, la nouvelle capitale de l’underground us, je lui parle de la « Zoo bomb ».
Tous les dimanches soirs, les riders les plus barrés se donnent rendez-vous au somment de la ville pour une très longue descente de nuit en 16 pouces; un downhill en bmx pour enfant ! Steven est un bike activiste, en plus de l’arty et du fun, il est à fond dans les « Critical mass », un genre de manifestation à deux roues apparues à la fin des années 90 à San-francisco; elles ont désormais lieu, chaque dernier vendredi du mois, dans plus de 300 villes à travers le monde. Deux slogans clés pour comprendre le mouvement : « Nous ne bloquons pas la circulation, nous sommes la circulation ». « Les voitures ne sont pas dans un bouchon, elles sont le bouchon ». Tout est dit.

Texte : Olivier Schmitt / Photographie : Rebecca Sweyne