L’EROICA 2010

Gaiole, petit village au cœur de la Toscane où tous les premiers dimanche d’octobre est organisé LA course mythique de L’Eroica. Seul droit d’entrée à cette course, un vélo de course. Mais pas n’importe lequel. Celui qui arbore des noms de cyclistes symboliques comme “Colnago”, « Pinarello », « Moser » et bien d’autres. Celui qui possède des manettes de dérailleurs chromées visées sur le cadre, des leviers et mâchoires de freins soigneusement gravés d’un « Campagnolo », une vieille selle en cuir, et des roues à boyaux dont la colle a jauni avec le temps. Chaque année le nombre de participant accroit, ici la victoire ne compte pas, car L’Eroica une des rares courses où la compétitivité se fond à l’exploit personnel et où la magie du cyclisme d’antan renait le temps d’un week-end. Bien entendu, tout cycliste digne de ce nom, vient habillé en conséquence. Casquette, casque boudin, maillot et cycliste en laine mérinos, sans oublier les incontournables chaussures cyclistes noires perforées. Chacun y rajoute sa note, tel que le fameux boyau croisé en traces de son torse. On aime le vélo, on aime son histoire et son style… Bienvenue dans l’univers de L’Eroica. Qui, le temps d’une journée, rassemble tous ces protagonistes et amoureux de la vieille mécanique et des années glorieuses d’un cyclisme authentique. Tel que Francesco Moser, lui-même, venu courir cette année, ainsi que de nombreuses connaissances parisiennes, qu’on a pu apercevoir autour de la caravane Le Coq sportif, fier collaborateur de l’événement, partageant cette même éthique sportive.

Au programme : samedi, marché aux puces. Unique en son genre, avec ses vendeurs de pièces et de maillots. On y croise ici et là, quelques coureurs venus s’inscrire, muni de leur vélo, ou même des collectionneurs venus montrer leurs bijoux. Et quels bijoux ! Dimanche c’est la course. On choisit celle qui nous correspond : 38, 75, 135 et 205 km. On se lève très tôt et on se lance sur les routes goudronnées et les chemins de terre de la Toscane. Parfois, on se voit rattrapé par des voitures mécanos, telle que cette minuscule Fiat 500 rouge, crachant de son mégaphone grésillant « ALLEZ ALLEZ ! ». Pendant un instant, on se perd dans nos pensés, partagé entre l’effort et habité par une sensation étrange de voyager dans le temps. Soudain, on affiche un grand sourire, on croise le regard d’autres cyclistes ressentant la même chose et on pousse d’autant plus sur les pédales. Rien de tel pour bien digérer l’ascension d’une des nombreuses collines du parcours. Et il y en a…

Un p’tit conseil : ne pas être pressé et se munir d’un p’tit casse croûte ou partir le ventre plein. Pour se restaurer, les coureurs disposent de ces fameux « ristori », pas moins de 10km les séparent les uns des autres. Par conséquent, qui dit ristori, dit pose bien méritée. Au menu : Tartine de fromage au miel, charcuteries et spécialités italiennes. Tout ceci généreusement accompagné d’un bon vin du pays. Comme il était de coutume à l’époque lorsque le dopage ne signifiait que consommer des œufs et du vin. Étrangement, on y reste un peu plus de temps que prévu dans ces ristori… Allez savoir pourquoi ? Même cette année, sous une pluie battante, qui dans de telles conditions, rendit l’expérience d’autant plus héroïque. Faisant de L’Eroica, vraisemblablement la plus belle expérience cycliste de “notre” époque.

Texte et photo : Marc Sich
Publié dans STEEL 001